Le projet « Les premiers Montréalais »

C’est en 1642 qu’est fondée Montréal. L’historiographie traditionnelle s’est souvent attachée aux figures importantes que furent de Maisonneuve et Jeanne Mance dans cette fondation. Par contre, elle a peu étudié les gens ordinaires qui participèrent à l’entreprise. Qui étaient ces premiers Montréalais?

Ce site propose une vaste fresque permettant de comprendre comment et pourquoi ces colons décident de franchir l’Atlantique pour commencer une nouvelle vie: les terres qu’ils acquièrent et qu’ils développent, les métiers qu’ils pratiquent, les alliances qu’ils nouent, les enfants qu’ils mettent au monde, les rapports qu’ils entretiennent avec les Iroquois sont autant de sujets abordés. Ces données historiques sont présentées dans un récit qui s’attache de façon plus approfondie à des membres de la famille Sicotte. Mais beaucoup plus que l’histoire d’une famille, Les Premiers Montréalais offre un portrait vivant du premier développement géographique, politique et humain de Montréal.

Le site en accès libre et gratuit contient non seulement le livre lui-même (téléchargeable en format pdf), mais aussi une riche base de données pouvant servir d’outil pour les chercheurs. Elle contient :

  • une notice biographique de 4000 des premiers Montréalais (de la fondation à la fin du 17e siècle)
  • les contrats qu’ils ont passés devant notaire
  • des analyses et commentaires portant sur les grands axes du développement de Montréal
  • un glossaire et une bibliographie

Pour information :
lespremiersmontrealais@gmail.com

La genèse

Depuis aussi loin que je me rappelle, je me suis toujours intéressé à la petite histoire de ma famille. Et j’ai fini, dans mes temps libres, par reconstituer la généalogie des Sicotte jusqu’aux premières années de la fondation de Montréal.

Mais je me suis rapidement rendu compte que, si j’avais deux parents, j’avais quatre grands-parents, huit arrière-grands-parents …et 256 ancêtres à la neuvième génération. La généalogie par les hommes ne représentait que la deux-cent-cinquante-sixième partie de ma famille. Et plusieurs de ces 256 ancêtres faisaient partie des premiers Montréalais. Et c’est donc l’Histoire de ces Premiers Montréalais que j’ai décidé de raconter. C’est ce que je fais depuis que je suis à la retraite.

On ne peut évidemment pas écrire l’Histoire des Premiers Montréalais sans écrire l’Histoire de Montréal. Mais l’Histoire de Montréal que l’on a écrite jusqu’ici s’est limitée à un cercle bien restreint des Premiers Montréalais. Pourtant nous disposons d’une documentation extrêmement abondante sur les Premiers Montréalais, contrats de notaires, contrats de concessions, procès-verbaux d’affaires judiciaires, etc. Mais évidemment tout cela est en manuscrits, et la langue manuscrite du xviie siècle, tant par la graphie des lettres que par l’orthographe des mots, est un handicap évident à leur consultation.

J’ai donc transcrit, en français moderne pour les mots encore en usage, tous les textes que j’ai consultés durant ce travail. Mais comme j’arrivais ainsi à plusieurs milliers de pages, le support papier était hors de question, d’autant que j’éprouvais le besoin d’y ajouter un glossaire, pour définir les mots sortis d’usage, ainsi que toute une série d’analyses et de commentaires pour traiter cette information. Tout cela pour arriver à plus de quatre mille notices biographiques consacrées à chacun des Premiers Montréalais. La numérisation allait donc de soi pour cette base de données.

Cette base de données est encore évidemment en évolution. Elle est maintenant à peu près complète à tous égards jusqu’aux environs de 1665 et va beaucoup plus loin dans un certain nombre de ses éléments.

Parallèlement, en autant que la base de données me le permet, et en la complétant au fur et à mesure, j’écris l’Histoire des Premiers Montréalais dont le premier tome, «Fondation», couvre la première décennie de l’existence de la ville de Montréal.

Mon récit ne révèle pas de bien grandes découvertes historiques. Je me contente, à la lumière des textes de l’époque, de suivre la lente transformation en Montréalais, de quelques Français qui n’avaient plus rien à espérer en France, ainsi que la lente transformation d’une île, qui était devenue un no-man’s land au centre d’un champ de bataille séculaire, en un lieu où les Habitants pourront réaliser leurs bien humbles rêves, tout en jetant les bases d’une grande ville.

Au cours de cette interaction entre les premiers Montréalais et leur île, des deshérités de la société qui, en France, ne pouvaient même pas espérer devenir paysans ou artisans, vont ici créer par leur détermination tenace et leur résistance tranquille une société où ils pourront obtenir de la terre, la défricher, apprendre à la défendre contre les Iroquois, exercer un métier en transposant ici les technologies auxquelles certains d’entre eux s’étaient initiés en France, mais qu’ils n’avaient pas pu y pratiquer, s’apercevoir qu’il était possible de gagner davantage que le strict minimum vital, devenir notables et éventuellement transformer ce pays de mission en un pays de colons, mais aussi d’artisans et de marchands.

Le projet est ambitieux, mais j’ose espérer que «Fondation» en réalise certains aspects.

Yvon Sicotte